Entretien – Solange, photographe

06 sept 09 ,

Pour ce troisième cru des entretiens d’Anthilemoon, c’est Solange, une photographe au style très particulier, qui a accepté de se soumettre à mes questions. Solange est une des rares photographes que j’ai croisé sur la toile et n’ait pas de site où exposer ses photos – elle nous expliquera d’ailleurs pourquoi quelques lignes plus loins.
Lorsque nous avons pris contact, elle m’a donc envoyé quelques images, et j’ai été bluffée par son talent et sa sensibilité toute féminine bien que torturée.

En espérant vous la faire découvrir et apprécier, place à l’entretien !

Solange1 Bonjour Solange, qui es-tu ?

J’ai 42 ans, je suis née et ai vécu 18 ans à Madagascar et 2 ans à La Réunion, avant de venir en France. Ma plus grande passion est le voyage. Je pars avec mon sac à dos et mes sandales, là où le vent me mène. J’ai un intérêt tout particulier pour l’Afrique. Tout est fort dans ce continent : les bruits, les odeurs, et surtout les émotions. On y côtoie l’enfer et le paradis en même temps. Ce continent fait peur et fascine. Il m’emportera.

Comment t’es-tu découvert cet attrait pour la photographie ?

J’ai eu mon premier appareil photo à 12 ans, pour Noël, et j’ai tout de suite fait poser toute la famille. Cet intérêt a rapidement disparu, pour revenir aux alentours de 18 ans. Je faisais poser toutes mes copines… Mais l’intérêt a disparu à nouveau.
Par la suite j’ai continué la photo en me focalisant plutôt sur les voyages que je faisais, mais peu à peu je me rendais compte que je passais aussi du temps en France et qu’il était important pour évoluer de continuer la photo, même hors voyage.
J’ai essayé un peu tous les styles, ne trouvant pas vraiment ma passion, puis est venu l’architecture urbaine et très vite l’URBEX , ou exploration urbaine, qui consiste à photographier des lieux abandonnés et interdits. Et depuis peu, à inclure le modèle dans ces lieux et y ajoutant une mise en scène.

Tu sembles te focaliser sur les robes de mariage et les lieux abandonnés

Solange2 J’aime les belles robes, les robes de mariées sont souvent exceptionnelles, même quand elles sont simples. De nos jours, la notion de mariage est un peu perdue, mais il y a peu de temps en arrière c’était un jour sacré. Ce jour là, la mariée est la plus belle, on ne regarde qu’elle.

Pour les lieux, il y en a deux types que j’affectionne particulièrement : les lieux abandonnés et les lieux d’exceptions (lieux de culte, châteaux….). Il s’agit pour moi de lieux qui sont d’une part esthétiques (je maintiens qu’il y a une forme d’esthétisme dans les lieux abandonnés) et d’autre part, chargés d’histoire. J’ai toujours l’imagination qui galope : « Qui a vécu ici ? Que s’est-il passé ? Pourquoi il n’y a plus personne ? »
Et là, je m’invente plein d’histoires.

Quelles sont tes sources d’inspiration ?

J’aime les images très fortes, certains photographes reporter le font à merveille, avec des images d’une extrême violence sans que la violence ne soit crue. Ces images m’inspirent peut-être même plus que le travail de supposés artistes.

Je vais aussi beaucoup au cinéma, avec une prédilection pour les films asiatiques, notamment coréens – mais pas seulement. J’aime les films où l’esthétisme de l’image est poussé à l’extrême, peu importe l’histoire. Si il y a deux films que je devais retenir, ce serait Dead Man de Jim Jarmusch et, tout de suite après, Le Temps des Gitans d’Emir Kusturica.

Solene3

Comment choisis-tu tes modèles ? Pourquoi sont-ils tous féminins ?

Pour le moment je n’ai travaillé qu’avec des personnes que je connais. Je n’ai pas vraiment de critères physiques. Je ne recherche pas du tout la beauté exceptionnelle, loin de là. Comme ce sont des personnes que je connais, leur caractère m’inspire quelque chose ou pas. Paradoxalement, ce ne sont pas les plus « belles » qui m’inspirent le plus. Si je ne travaille qu’avec des modèles féminins, c’est que je les trouve plus doux, plus expressifs et plus sensuels que les modèles masculins.

Mais j’ai hâte de travailler avec quelqu’un que je ne connais pas, ça me permettra de faire un pas de plus, car l’inspiration devra arriver plus rapidement.

Pour le moment je ne paye pas mes modèles, je n’en ai pas les moyens. On fait un échange, je photographie, elle pose et je donne en échange les photos travaillées. Mais il est vrai que si un jour, j’ai une commande, on partagera le butin ! :happy:

Peux-tu nous expliquer le déroulement classique d’une séance ?

Solange4 Tout d’abord, comme je passe beaucoup de temps à visiter (lieux abandonnés ou pas), c’est le lieu que je trouve en premier. Certains m’inspirent une séance avec modèle, et d’autres, non.
Pour la tenue, la robe de mariée est ma préférée. C’est en plus pour moi celle qui est le plus en accord avec mes photos. Tout un symbole.

Pour le moment, je travaille en lumière naturelle. Parfois ça pose certains problèmes, notamment pour les photos en intérieur, où la luminosité peut être faible, ou le plus souvent avec une différence de luminosité, lorsqu’on a des hautes et basses lumières sur la zone photographiée.
Dans ce cas j’utilise la technique du HDR. Le modèle ne doit absolument pas bouger pendant 3 expositions, sinon, tout est à refaire !
J’envisage aussi d’utiliser le flash lors de séances futures.

Dans les lieux abandonnés et interdits, je n’amène jamais de mineurs. Question de responsabilité.
Pour les majeurs, je préviens bien que non seulement c’est illégal, mais en plus peut-être dangereux – même si pour ces séances je choisi quand même des lieux sécurisés et d’accès facile. Ceci dit le modèle est responsable d’avoir accepté de me suivre.

Pour le moment je n’ai photographié que des personnes que je connais. Mais si je suis amenée à travailler avec un modèle que je ne connaissais pas auparavant, j’aimerais qu’un lien d’amitié se crée. La connivence est très importante, car elle permet à l’une et à l’autre de communiquer. Je privilégierais plus volontiers de travailler plusieurs fois avec la même personne plutôt qu’avec de nombreux modèles.

Solange6

Comment te voies-tu évoluer d’un point de vue photographique ?

Alors, première chose, je ne veux absolument pas faire de la photo un métier, pour la simple et bonne raison que la photo est pour moi une évasion, alors que le métier est lié dans mon esprit à beaucoup de contraintes.

Par contre, je ne suis pas contre le fait de prendre quelques commandes occasionnelles, notamment sur des mariages, des naissances… Je me retiendrai alors pour ne pas faire crier la mariée, ou demander au marié de simuler un meurtre…! :tongue:

Par ailleurs, être publiée est un rêve. Je pense que quelque soit le photographe, c’est l’aboutissement de son travail, sa reconnaissance. Mais il faut présenter un travail exceptionnel, ce qui veut dire non seulement du talent et des idées, mais aussi du travail. Beaucoup de travail.

J’aimerais aussi être reporter d’après guerre, quand la vie recommence, mais là, c’est une autre histoire.

Tu n’as pas de site internet comme la plupart des photographes, pourquoi cela ?

Solange5 Si je n’ai pas de site internet dans ce domaine, c’est parce que pour le moment je juge mon travail pas encore assez abouti, ni conséquent. Je voudrais être prête pour le mettre en ligne, faire en sorte qu’il retienne l’attention. Il y a tellement de sites que si on veut sortir un peu du lot, il faut se donner la peine. Ça ne sera pas juste une suite d’image, il sera accompagné de textes : Baudelaire, la Bible et quelques uns de mes écrits.

Pour le moment, je fais assez peu connaitre mon travail, je préfère patienter, être prête. Tout ce que je fais est de poster assez souvent sur les forums de photos pour que mon travail soit critiqué. Je tiens compte des critiques pour évoluer. De la même manière, je critique les autres. Une façon d’avancer en partageant.

Tes images sont parfois brutales, dérangeantes…

Je n’ai jamais trop travaillé le pourquoi de cette brutalité. Je suis un être particulièrement pacifiste, je ne supporte pas la violence – qu’elle soit physique, verbale, ou morale.
Quand le ton monte, je me transforme rapidement en flaque, et je fuis toute sorte d’interaction sans chercher à surmonter cela.
C’est peut-être pour ça. J’évacue ma violence par l’image et non pas en tapant sur les autres.
Mais après tout, je préfère ne pas savoir, car je le vis très bien comme ça.

J’aimerais faire des images encore plus dures, mais pour le moment je préfère d’abord travailler plus longuement avec le modèle pour savoir ce qu’elle est capable d’accepter. Il ne faut pas oublier que la plupart des jeunes filles préfèrent se voir belles et souriantes plutôt qu’en train d’hurler de douleur, ou pendues…

Solange7 La prochaine séance que j’ai prévue sera avec un tutu de danse classique, une grosse camionnette agricole abandonnée dans un champ et une AK47 (ou Kalachnikov), pendant une journée très nuageuse, menaçante.
J’ai tout sauf la Kalachnikov, il faut que je me renseigne auprès des airsofteurs
Plus facile qu’auprès des rebelles Somaliens.

Mais il y a bien d’autres thèmes que je voudrais aborder. Je vois bien, par exemple, une contrebassiste dans un cimetière abandonné. Il n’y a dans ce cas aucune brutalité.

Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui souhaite débuter dans la photographie de modèle ?

Pour débuter, je pense que le mieux est de connaitre la personne avec qui on va travailler. Un(e) ami(e) fait parfaitement l’affaire. Il faut avant de commencer la séance avoir des idées précise de ce que l’on veut faire, discuter une première fois avec le modèle si elle est d’accord, voir si elle a des suggestions. C’est important qu’elle participe.

Le style, on l’a dans la peau. On sait d’avance si on veut faire du pur glamour ou du pur trash, avec tous les intermédiaires possibles. Il faut ssayer : les premiers essais seront peu convaincants, mais surtout, il ne faut pas s’en arrêter là, parce qu’on tire une bonne leçon de chaque échec.

Pour finir, comment édites-tu tes images ?

J’essaye au mieux d’avoir la bonne image au départ, mais Photoshop est un passage obligatoire pour ce que je veux obtenir. La photo brute n’est en général pas assez dramatisée, par exemple.
J’y passe pas mal de temps, car malheureusement je ne suis pas très bonne dans ce domaine.

> Visiter son site sur ses voyages !

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4 réponses à: Entretien – Solange, photographe

  1. Laura écrit :

    Merci pour cet entretien ! Très intéressant =)

  2. Milianne écrit :

    Vraiment très intéressant ^^

  3. Maybee écrit :

    Ses photos sont superbes.
    J’aime les thèmes et les robes de mariées.

  4. Nicolas écrit :

    Intéressant d’avoir l’avis d’un(e) photographe après celui d’un modèle. =)

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