La Quête

10 août 06

Un récit relativement banal, que j’ai écrit il y a tellement longtemps que je ne m’en souvient pas. C’est assez court, et pour cause, ce n’est comme d’habitude qu’à peine commencé. Je ne vous dis rien de l’histoire, car il ne faut que quelques minutes pour lire ces lignes.

CHAPITRE 1 – La maladie

Kyoto est malade. Il tousse, la sueur coule sur son front. Des phrases incohérentes se forment sur ses lèvres.
- Appelez le druide ! crie un homme.
Un bruit de pas précipités résonne sur le petit chemin caillouteux qui serpente vers la cabane. Le druide pousse la porte de bois, et contemple, étonné, le spectacle de tous ces gens réunis en ce lieu.
Une femme, la mère de Kyoto, trempe fébrilement des linges dans une bassine d’eau, qu’elle dépose ensuite délicatement sur le front de son fils, pour le rafraîchir. Des enfants courent en tous sens, ne se doutant même pas que la Mort elle-même est sur le point de visiter la cabane. Une petite fille, la sœur du malade, tire les jupes de sa tante en lui demandant innocemment : « Kyoto est fatigué ? ».
- Non, Kyoto n’est pas fatigué. Kyoto est malade. Mais ne t’inquiète pas, le druide est arrivé, et va le soigner.
Ce dernier, passé le premier moment de surprise, demande à la majorité des villageois de quitter la chambre, qu’il puisse « travailler » en paix. Certains râlent, se disant de la famille et donc personnellement concernés par la maladie de Kyoto, mais tous finissent par partir, bon gré mal gré.
Le druide se tourne vers la mère de Kyoto, et lui demande :
- Depuis combien de temps est-il ainsi ?
- Cela fait à peine une heure… dit la mère en soupirant.
Le druide s’avança vers le lit, posa la main sur le front du jeune homme, qui devait avoir dix-sept ans au plus et, brusquement, cessa de bouger.
- Que se passe-t-il ? demanda, inquiète, la femme.
- Impossible… C’est impossible.
Le druide paraissait consterné, comme frappé par la foudre. Il restait immobile, la main sur la tête de Kyoto, le regardant fixement, tel une apparition. Il se tourna vers la femme :
- Il est trop tôt pour en être sûr, mais si je ne me trompe pas…
- Il va mourir ? demanda la mère du malade en tremblant.
Le druide ne répondit pas, se leva et, se dirigeant vers la porte, dit :
- Si je ne me trompe pas… Non, il est trop tôt. Bonsoir, Karla. Ne brusquez pas votre fils.
Puis, se tournant vers une petite silhouette cachée dans l’ombre de la porte :
- Soit sage Nahalia. Ton Futur Mari a besoin de se reposer.
La jeune fille hocha la tête.
Elle est vraiment belle. Dommage qu’elle soit destinée à ce blanc-bec.

CHAPITRE 2 – Le druide

Nahalia sortit de la cabane et marcha vers la place du village. Elle aimait bien se rendre compte de la Bêtise Humaine en écoutant les ragots que rapportaient les commères du village.
- Je vous assure ! Le père Charly est allé rejoindre Sylvianna Leberger, dans sa chambre, pas plus tard qu’hier soir ! J’en déduis que…
- Cela est absurde ! Mon poisson, pas frais ?! C’est à moi que vous parlez, Monsieur ?
La jeune fille se tourna brusquement, ayant entendu le nom de son Futur Mari :
- Kyoto ?
- Oui, parfaitement. Il a une maladie extrêmement contagieuse et… mortelle, qui plus est ! C’est une maladie rare venue de l’Ouest, de la Nouvelle Terre ! Il suffit de se trouver près de la maison du malade pour être contaminé…
Nahalia partit en courant, sans écouter la suite, pour retrouver le druide, qui sirotait tranquillement un thé devant sa maison cossue.
Cette maison était tout le contraire des cabanes du village, et plus particulièrement de celle de Karla, Kyoto, et Nahalia.
Ces derniers étaient en effet considérés comme les plus pauvres de la région, et cela se ressentait dans leur habitation.
Ils l’avaient construite à la hâte, peu après avoir accueilli Nahalia.
Son adoption ne s’était pas passée sans problèmes. Celle-ci était auparavant orpheline, sa mère étant morte à sa naissance, et son père, Marius, ayant périt de manière glorieuse à la bataille de Montfort.
C’était là qu’il avait rencontré Paolo, le père de Kyoto, et ils étaient morts dans les bras l’un de l’autre. Une lettre trouvée dans la poche de Marius disait que, s’il venait à mourir, il souhaitait que sa fille bien-aimée soit placée sous la protection de Paolo. Celui-ci n’étant plus, le druide remit la petite Nahalia à Karla, la femme de Paolo, qui avait déjà un fils, Kyoto.
Les deux enfants s’entendirent très bien dès le début, et au fil des années se forma entre eux une amitié si forte qu’ils se considéraient comme frère et sœur et seraient prêts à sacrifier leur vie pour sauver l’autre.
Mais les gens du village commencèrent à jaser lorsque Nahalia et Kyoto atteignirent l’adolescence. Ils trouvaient malsain qu’une jeune fille en âge de se marier passe tout son temps avec un homme qui devait maintenant prendre épouse.
Le druide rétorqua qu’ils étaient frère et sœur et que par conséquent il ne pouvait les marier. Mais les villageois n’étaient pas de cet avis : pour eux, ils n’étaient pas du même sang, et il n’y avait donc aucun problème à ce que le mariage ait lieu.
Cette histoire commençant à l’agacer, mais Nahalia et Kyoto étant trop jeunes, ils les déclara Futurs Mariés, conformément à la coutume ancestrale du peuple des Mishiganes. Cela était dans ses habitudes, de bâcler le travail. Adepte fervent du repos et des petits plaisirs de la vie, il faisait passer la bonne marche du village après son bonheur personnel.
Il buvait paisiblement son thé, regardant Nahalia qui lui disait, essoufflée :
- Kyoto va mourir ?
Le druide la regarda tranquillement, et lui dit :
- Peut-être… ou peut-être pas.
- Ce sont les gens du village qui me l’ont dit !
- Ah oui ? Ils TE l’ont dit ? dit-il en plissant les yeux.
Nahalia devint toute rouge.
- Je… Je l’ai entendu ! bafouilla-t-elle. Ils ont dit que sa maladie était mortelle, que tout le monde pouvait être contaminé, que…
Le druide soupira. Il but une gorgée de son thé, et regarda Nahalia en souriant :
- Oui, sa maladie est mortelle. Mais il y a un remède. Seulement… seulement, les ingrédients sont très durs à trouver. Et, comment dire, cela me coûtera assez cher d’envoyer des gens dans ces pays lointains… Disons que, moyennant une certaine somme, je pourrais le soigner.
- Vous n’êtes qu’un… qu’un… cria-t-elle sans trouver de mot assez répugnant pour qualifier le druide.
- Parfaitement. J’en suis un. Un druide qui n’a pas que ça à faire que de s’occuper d’un jeune garçon d’à peine dix-sept ans, qui ne lui est d’aucune utilité, et qui lui manque de respect à longueur de temps.
- Il veut simplement que vous vous acquittiez mieux de votre tâche !
- Et quelle est-elle, cette tâche ?
- Protéger les gens du village, faire régner l’ordre et la justice dans la région, aider les opprimés et les faibles, enrichir les pauvres, prôner la paix…

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