Elle
10 août 06 nouvelleBon, c’est le premier machin réaliste que j’ai écris, à 11 ans. J’appelle ça machin, parce que c’est bourré de fautes d’orthographe, que les phrases sont simplistes, et que c’est un peu ridicule pour une fille de 11 ans d’essayer d’aborder des thèmes tels que la prostitution, ou la pédophilie.
Je me souviens très bien, quand j’avais commencé à écrire ce roman, je voulais faire un truc choquant. M’enfin, j’étais jeune, et le résultat est plus pathétique qu’autre chose.
C’est pour cela que je viens de me remettre à l’écriture d’une nouvelle réaliste qui, je l’espère, ne sera pas aussi grossière que celle écrite il y a 5 ans.
Un peu de subtilité ne me ferai pas de mal…
0
Paris. Il pleut. Elle marche, perchée sur ses talons aiguilles, contourne les flaques, évite les gouttières.
Elle entre dans l’immeuble. Hall d’entrée très chic, tout brille. Un homme éponge le sol encore mouillé du fait du passage des employés trempés. Ses talons s’enfoncent dans le tapis trop épais. Elle marche tant bien que mal jusqu’à l’accueil. Un grande blonde lui sourit.
« Quelle peste ! »
Elle n’a jamais aimé les blondes. Toutes des connes. Trop innocentes, trop gentilles… Trop tout. Pas assez elle.
- Le bureau du patron.
Elle marque une pause. Fait mine de réfléchir.
- S’il vous plaît.
La blonde sourit encore.
« Qu’elle a l’air bête ! »
- Bien sûr, Madame. Au dernier étage.
Puis elle ajoute, encore ce satané sourire au lèvres :
- Et l’ascenseur est en panne, Madame.
« La peste ! »
Elle repère l’escalier, s’y dirige, pousse la porte, et regarde avec un air froid la hauteur effrayante du bâtiment.
Elle commence sa montée. Pas pratique, les talons aiguilles. Elles les ôtes, et continue à monter, les prenant sous le bras. Déjà quatre étages. Elle détache ses cheveux, pour être plus à l’aise. Sa longue chevelure noire tombe sur ses épaules, courre jusque dans le bas de son dos, comme libérée du chignon étouffant qui la retenait avant. Plus que trois étages. Elle ouvre un peu sa chemise, la sueur commence à couler dans le creux de ses reins. Elle a du mal à respirer.
Enfin. Le dernier étage. Elle jette un coup d’œil au panneau qui est sur le mur.
« Chouette, il y a des toilettes, je vais pouvoir me refaire une beauté ! »
Elle ouvre la porte qui donne sur le couloir. Sursaut. Elle tombe nez à nez avec un homme en costume, plutôt bien foutu, blond aux yeux… une couleur indéfinissable. Entre le gris du brouillard, l’azur de l’océan, et le bleu de la nuit.
Elle reste là. Elle contemple ses yeux.
Il sourit, gêné.
- Que se passe-t-il ? Vous allez bien ?
Sa voix. Grave. Si une voix pouvait avoir une couleur, celle-ci serait sombre. Bleu nuit. Une nuit avec lui…
Qui ? Moi ? Oui, oui… très bien. Je… Je viens pour un entretien d’embauche. Je cherche le bureau du patron. C’est… Vous savez où il se trouve ?
- Oui, j’en viens ! Je suis son fils.
Elle reprend ses esprits. Calme. Rester calme. Et froide. Professionnelle. Reprendre son souffle.
- Enchantée.
Il la toise de haut en bas.
- Vous… Vous comptez vous y rendre comme ça ?
Elle se rend compte de sa tenue débraillée. Elle bredouille quelques vagues excuses et le quitte pour se rendre aux toilettes.
Elle se regarde dans le miroir. « Quelle horreur ! »
Elle se brosse rapidement. Pas le temps de refaire un chignon. Elle retouche son mascara qui avait coulé et essuie d’un geste les quelques gouttes d’eau de qui perlent sur son front.
Après avoir remis ses chaussures, elle frappe.
Entrez.
Elle pousse la porte. Un immense bureau, presque aussi vaste que le hall d’entrée. Des murs recouverts de tableaux.
« Ça pue la richesse à plein nez ! »
Le patron. Il la regarde, louche sur sa chemise, qu’elle a mal reboutonnée.
« Mais qu’est-ce que c’est que ce sourire hypocrite qu’ils ont tous ici ? »
Elle s’assoie. Bonjour.
Je viens pour le poste de photographe. Oui, de mode. Oui, je suis qualifiée. Compétente en autre chose ? Je dessine aussi un peu, et j’ai quelques notions de marketing. Pas ça ? Mais quoi alors ?
Il lui dit de s’approcher. Elle s’exécute. Elle est en face de lui. Il est assit dans son fauteuil. Il lui passe une main sous la jupe et la caresse entre les cuisses.
« Quel porc ! »
Elle se dégage.
- Je vous rappellerai pour vous faire part de ma décisions, dit-il avec un sourire.
Elle sait ce que cela veut dire. Elle n’a pas le job. Il lui faut ce boulot, il le lui faut. Elle surmonte son dégoût. S’approche.
Le patron affiche un sourire satisfait.
Elle enlève ses chaussures. Ses collants. Son string. Il avance sa main. Enfonce un doigt. Elle gémit.
« Il faut qu’il croit que ça me plaît. »
Elle se répète : « Il me faut ce job. »
Il ouvre sa braguette. Sort son sexe. La regarde. Elle le fait.
C’est fini.
- Vous m’avez l’air d’avoir toutes les compétences requises, dit-il en remontant sa braguette, je vous embauche.
Elle l’a. Son job. Elle a vingt ans.
« Je ne suis plus une pute. »
I
Bois de Boulogne. Elle marchait sous la pluie.
« Il faut que j’en trouve un.»
Un client. Elle repère un homme, plus très jeune, mais pas pourri non plus.
« Les costauds, faut s’en méfier. Ils en profitent. Les trop vieux, c’est dégueulasse. »
Elle s’approche de lui.
- Vingt euros ?
Le type hoche la tête. Elle monte dans sa voiture. Lui fait son affaire. Voilà. Vingt euros. Elle n’a que quinze ans.
Elle entre dans un petit café louche, s’achète une bière, et va s’asseoir à une table en regardant dans le vague.
« Où dormir ? »
Un homme. Il se pose près d’elle.
Comment tu t’appelles ? Pas vos affaires. T’as quel âge ? Quinze ans.
Tu sais, j’ai un bel appartement près de La Courneuve. Tu veux venir ? « Merde. »
- Oui. Merci.
Tu me remercieras ce soir.
Un clin d’œil. « Je hais les clins d’œil.»
Ils prennent le métro. Elle entre dans son appartement miteux et crade. Comme elle s’en doutait, il n’y a qu’un lit deux place.
Elle se couche toute habillée.
Mets toi à l’aise.
Elle se déshabille. Que ne faut-il pas faire pour dormir au chaud…
Il s’allonge près d’elle.
« Allons-y.»
Un fois le travail terminé, elle s’endort. Des cauchemars. Des fantômes. Sa mère. Une seringue. Son dernier shoot avant de partir à jamais.
Elle se réveille en sursaut. Le gars dort encore. Elle se rhabille.
Un bureau. Elle ouvre les tiroirs un à un. Cinquante euros. Une photo.
« Putain. Il a une femme. »
Elle prend les cinquante euros et se barre.
Il fait froid dehors. Elle entre dans une boutique. Des bijoux. Elle adore les bijoux. La luxure en général.
Elle regarde les colliers et les pendentifs qui scintillent sous les petits projecteurs blancs accrochés au plafond.
Un homme a l’air de chercher une bague. Elle s’approche de lui.
« Putain il a l’air riche.»
Il ressort de la boutique en secouant la tête. Elle le suit. Il se dirige vers une limousine. Vite. Elle court. Elle trébuche, tombe sur lui.
Il la regarde, amusé. Ils échangent un sourire. Elle entre dans sa voiture.
Pendant le trajet, il tâte ses poches.
Mon portefeuille ?
Elle hausse les sourcils. L’air étonné.
Ils arrivent. Un château de pierre immense entouré d’un parc gigantesque. Des chemins serpentent entre les pommiers dont les fruits rouge vifs attirent le regard. Près des multiples fontaines blanches, se trouvent des bancs de bois où sont assis un couple d’amoureux ou, plus loin, une vieille femme et son fils.
Elle regarde. Emerveillée. « Putain.»
Elle descend de la voiture et suit l’homme sur l’allée centrale du parc, qui mène directement aux lourdes portes en bois massif du château.
Un domestique.
« Qu’il a l’air ridicule ! On dirait qu’il a avalé un manche à balai.»
Ouh la la ! Que d’agitation !
Des femmes en jupons courent dans tous les sens, certaines rattrapant leur bambin, d’autres portent des gâteaux. Deux domestiques essayent tant bien que mal de placer une longue table contre le mur sana la faire tomber sur leurs pieds.
Un cuisinier, avec une toque immense, apporte un plateau sur lequel se trouvent des olives, des amuse-gueules… Un domestique place des verres en cristal sur une table en faisant attention de n’en casser aucun.
« Putain. Il se passe quoi, là ? »
L’homme la regarde. Voyant son air étonné, il lui dit :
- J’organise un petite fête.
- En quel honneur ?
Il hausse les épaules et s’en va courir derrière un serveur.
Elle se retrouve toute seule.
Elle ouvre sa besace, où se trouve déjà un portefeuille en peau de crocodile sombre très élégant et un vieil ours en peluche couvert de saletés.
Elle y fourre un verre en cristal et un rond de serviette. Une fourchette. Un couteau.
« Ça peut servir. »
Il revient. Ils montent un escalier imposant et il lui montre sa chambre au deuxième étage.
Elle s’allonge.
« Ça faisait longtemps. Enfin un lit confortable. »
Elle attend. Il ne vient pas.
« C’est gratuit ? »
Elle s’endort, le sourire aux lèvres.
Elle ouvre un œil. Puis deux.
Quel bonheur. S’endormir comme ça, sans rien faire pour payer le lit. Se réveiller après avoir dormi autant qu’on le voulait.
Elle descend les escaliers.
L’homme arrive.
- Viens. On va t’habiller. Tu ne peux pas venir comme ça à la réception !
Elle s’exécute. Il ouvre un armoire.
Des robes. Des robes de princesse.
- Vas-y. Choisi.
Elle le regarde, les larmes aux yeux.
Pourquoi est-il si gentil ?
Elle prend la robe rouge. Sa couleur préférée.
Elle l’enfile. Il lui serre les rubans.
- Tu es superbe ! Allons. Descendons.
Il lui prend la main et retrouvent les convives en bas dans la grande salle. La fête bat son plein.
De jeunes femmes très chics parlent, une coupe de champagne à la main, avec de beaux jeunes hommes élégants. Même les petits enfants ont des nœuds papillons et se courent après, passant sous les tables, renversant les assiettes, et soulevant les jupons.
De vieilles femmes parlent couture entres elles pendant que les hommes importants, « sûrement des politiques », discutent argent et débattent sur la montée des taux en bourse.
Il la tire par la main. Ils vont s’asseoir à une petite table pour deux, dans un coins.
- Comment t’appelles-tu ?
- Je sais pas.
Il n’a pas l’air étonné.
- Ta mère t’a abandonnée… Tu veut faire quoi plus tard ?
Quelle question stupide. Je finirais pute de toutes façons.
- Reporter photographe.
- Pourquoi ?
Elle s’anime. Ça fait longtemps qu’elle n’a pas parlé.
Moi, je prendrais pas des photos connes. Belles mais connes. Je prendrais les pauvres enfants d’Afrique qui crèvent la dalle, les jeunes putes de Paris et de Thaïlande, les drogués, les clodos, les alcoolos, et les fleurs.
- Les fleurs ?
- Ouais.
Moment de silence. Il réfléchit. Elle reprend son souffle. Un phrase aussi longue, sans s’arrêter !
- Pourquoi les fleurs ?
Elle hésite.
- Les fleurs, c’est la seule chose parfaite sur Terre. Une fleur, tu peux lui dire tous tes secrets, elle te trahira pas. Toutes les fleurs sont innocentes et pures. Et les fleurs c’est pas trop bavard.
Elle s’arrête. Il la regarde. Et dit :
- Voilà.
- Quoi.
- Fleur. Tu t’appelles Fleur.
Elle secoue la tête.
- Nan, moi je suis pas une fleur comme ça. Les fleurs, ça se laisse marcher dessus et arracher sans rien dire. Moi je suis une fleur avec des piquants.
- Une rose.
- Mais une rose rouge, alors.
Voilà. Elle est baptisée. Rose.
Elle le regarde. Reconnaissante. Il prend une des rose du vase posé sur la table et lui tend.
Elle accepte.
Ils vont dans le jardin.
Il l’embrasse. Sur la joue. Comme ça.
Merci.
C’est la première fois qu’elle dit merci. Elle aime bien.
Elle est fatiguée. Elle va se coucher.
Elle rêve. Pas de cauchemars. Pour la première fois.
II
Le matin. Ils vont dans le jardin. Il fait beau.
- C’est quoi votre nom ?
- Appelle moi comme tu veux.
Elle réfléchit.
- Monsieur Toi.
Ils continuent à marcher et vont s’asseoir sous un pommier.
- Dites, Monsieur Toi, c’est qui votre femme ?
Il ne répond pas. Elle s’en fiche. Il répondra un jour.
Ils finissent tous pas répondre. Les gens bavards.
Il se lève. Se dirige vers le portail.
« Où va-t-il ? »
Elle ne lui demande pas. Retourne au château. Va se coucher.
Il la réveille.
- Quoi ?
Il lui tend un paquet.
Elle le déballe. Un appareil photo. Couleur métallique, avec pleins de petits boutons et des molettes partout. Oh !
Elle reste là, à contemp
ler l’appareil.
- Merci, Monsieur Toi ! Elle courre dans le jardin, et passe tout l’après-midi à contempler les fleurs. Va le retrouver. Monsieur Toi, je n’ai plus de pellicule.
Il va farfouiller dans un tiroir et en sort une boîte de fer, remplie de pellicules photos. Monsieur Toi, je sors ce soir.
- Non.
- Pourquoi ?
- Quel âge as-tu ?
- Quinze ans.
- C’est une raison suffisante pour que tu ne sorte pas la nuit.
Elle va se coucher. Grommelle.
Ça ne lui vient pas à l’esprit qu’il n’est pas son père et qu’il n’a aucun droit sur elle.
Elle se lève tôt. Va chercher un bout de pain dans les cuisines et sort sans faire de bruit.
Elle prend le bus.
Direction Bois de Boulogne.
Elle rentre. Il est tard.
Il est là. À l’attendre. Il la gronde.
Elle lui tend son appareil et va se coucher.
Le lendemain, elle trouve sur sa table de chevet un dossier bleu, qu’elle ouvre par curiosité.
Ses photos !
Des fleurs, des fleurs, et encore des fleurs !
Et celles d’hier soir : Un clochard qui mourait de froid, recroquevillé sur un bout de carton posé à même le sol. Une pute qui fait le trottoir, porte-jarretelles, mini jupe et bottes vernies à talons aiguilles.
Un dealer qui prépare de petites doses dans du papier d’allu.
Un fille d’à peine onze ans qui se pique derrière un arbre.
Et Lui.
Un type de dix-huit ans qu’elle a rencontré hier au Bois. Incroyable ce qu’il est beau. Comme un dieu. Et gentil. Trop gentil.
Il l’appelle Gretel.
- Tu t’es jetée sur son château comme Gretel sur la maison de la sorcière. Fais gaffe ! Il va te manger !
Elle ne le croit pas, mais elle l’aime bien quand même.
Elle ne le croyait pas. N’empêche que maintenant elle est avec lui.
Il y a deux heures à peine elle était encore au château. Elle est entrée dans une pièce. Et là, elle a vu.
Monsieur Toi, une seringue à la main. Près à se piquer.
- Non, ce n’est pas ce que tu crois !
Elle était déjà partie.
- Rose ! Reviens !
III
Elle n’est pas revenue.
Julio marche avec elle. Il fait froid. Il lui passe sa veste.
Elle ne veut pas dire merci. Ça fait trop mal.
« Qu’est-ce que je suis conne. »
Ils vont chez lui. Un petit studio. Un lit deux places.
Ils s’allongent. Elle se blottit dans ses bras. Il passe une main entre ses cuisse. Elle le repousse.
Ils s’endorment.
- Ils sont super. Tu vas voir.
Julio a un plan. Pour se faire un max de thune. Elle attend de voir.
Ils entrent dans un usine abandonnée. Toute la bande est au complet.
C’est Rose.
Ils la dévisage. Un type s’approche et lui serre la main.
- Lui c’est Marco. Il fait les plans.
Le gars a une grande cicatrice sur la joue qui part de l’œil et arrive à la mâchoire.
- Le Borgne. Le vétéran du métier.
Il lui manque un œil. Tout s’explique.
- Shanya. Elle détourne l’attention des gardiens.
Mini jupe et talons aiguilles. Elle devine comment la fille arrondit ses fins de mois.
- Bazooka. S’occupe des armes.
Le type a au moins cinq flingues à la ceinture. Sans commentaires. Mieux vaut s’en faire un ami.
- Matic. Tous les trucs électroniques ou informatiques, c’est lui.
Petit rond à lunettes. Informaticien classique, quoi.
- Le Boss. Repère les coffres qui l’intéressent.
Un cigare et un costume assez classe. Un mec sensé être »respectable ».
- OK ?
Elle hoche la tête.
Le Boss veut le coffre de La Centrale. Un des mieux protégés.
« Suis pas arrivée au bon moment, moi. »
Marco se procure des plans et explique à toute la bande :
- Shanya, il y a deux gardiens à l’entrée. Tu sais ce que tu dois faire. Si ça marche pas, Bazooka les défonce.
Matic tu te débrouille pour nous trouver le code du coffre, sinon on le fait péter. Mais dans ce cas, faudra tracer. Boss, tu peux nous procurer une bagnole ?
Le type acquiesce.
- OK. Le Borgne, tu conduira. La petite, tu viens au cas où. Julio, toi c’est comme d’hab’. Tu connais. Les serrures, etc.
Ils commencent à se préparer.
Elle ne sais pas quoi faire. Elle prend un flingue et entre dans la voiture.
Ils partent.
Shanya descend. Tout se passe bien, elle les éloigne. Julio sort à son tour, et deux minutes plus tard, elle entend un sifflement.
C’est le signal.
Ils descendent tous. Courent en se baissant jusqu’à la porte. Matic a trafiqué les caméras.
Ils marchent dans les couloirs. Bazooka les couvrent.
Ils arrivent devant le coffre.
Merde.
C’est Julio. Comme les autres, il a vu.
Des rayons rouges, très près du sol, assez pour qu’on ne puisse pas passer en dessous, et pas assez espacés pour qu’on puisse marcher entre.
Ils se tournent tous vers elle.
Elle a compris.
Se baisse. Rampe. Essoufflée, elle parvient au coffre. Julio lui lance une aiguille. Elle le regarde.
« Il déconne ? Je sais pas me servir de ça, moi.»
Elle tente. Clic. Ça marche. Incroyable.
« 8 à droite, 2 à gauche, 9 à gauche, 4 à droite, 7 à gauche. »
Elle pousse la lourde porte en fer.
Des sacs. Il n’y a que des sacs en plastique.
Elle prend le couteau qu’elle a chopé chez Monsieur Toi et ouvre un sac. Des billets. Les sacs en sont remplis.
Elle les lance un à un. Julio les rattrape et les passe à Matic, qui fait un tas près de lui.
Ça y est. Tous les sacs sont à l’extérieur. Ils font plusieurs allers-retours pour tous les placer dans le fourgon.
Elle passe devant les gardiens. Ils sont morts.
Elle est dégoûtée.
IV
C’est un trou de verdure où chante une rivière,
Accrochant follement aux herbes des haillons
D’argent ; où le soleil, de la montagne fière,
Luit : c’est un petit val qui mousse de rayons.
Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue,
Et la nuque baignant dans le frais cresson bleu,
Dort ; il est étendu dans l’herbe, sous la nue,
Pâle dans son lit vert où la lumière pleut.
Les parfums ne font pas frissonner sa narine ;
Il dort dans le soleil, le main sur la poitrine,
Tranquille. Il a deux trous rouges au côté droit.
Les pieds dans les glaïeuls, il dort. Souriant comme
Souriait un enfant malade, il fait un somme :
Nature, berce-le chaudement : il a froid.
V
Elle est retournée à la rue. Cinq ans avec ces connards. Elle ne supporte pas le crime.
« Je ne veut plus être une pute. »
La photo, elle veut faire de la photo. Monsieur Toi aurait apprécié.
Elle ramasse un journal. Un annonce.
Cherche photographe pour tt types de photos.
Bd St Michel, n°38. Etage n°4.
Elle croit aux signes du destin. Elle se rend à l’entretien.
VII
Trois ans qu’elle galère. Elle est toujours une pute, mais pour son patron.
Il l’envoie dans une île. Elle doit prendre des photos de volcans.
Enfin un sujet intéressant.
Elle fait sa valise. Pour deux semaines.
Arrivée.
L’avion se pose.
Waouh.
Magnifique. Il n’y a que ce mot qui lui vient à la bouche.
Elle va poser ses bagages à l’hôtel, et elle est déjà dans la rue. Elle prend des tas de photos.
Une petite fille aveugle qui mendie. Un homme dévoré par la lèpre. Une femme enceinte qui dort dans la rue, ses cinq autres enfants courants autour d’elle.
Un petit garçon qui pleure, cherchant sa maman.
Elle donne une pièce à la petite fille, nettoie les plaies de l’homme, offre des sandwichs aux enfants et prend le petit garçon par la main pour le mener à sa mère, qui crie au bout de la rue.
En quelques jours, elle est connue dans toute l’île.
« Foto. »
Ils l’appellent Foto.
Elle arpente les rues à la recherche de personnes en détresse, les photographie, et les aide.
Elle nage en plein bonheur.
Un coup de fil. C’est son boss. Il veut savoir où en sont les photos de volcans.
« Ça avance. »
Ça avance pendant trois mois. Elle ne rentre pas. Elle a jeté son portable.
Elle a rencontré un homme.
Nakawöka est fantastique. Il est le fils d’un sorcier et lui a enseigné tous les rites et les pouvoirs des plantes.
Elle s’est faite une amie, une vraie. Chikönowanï. Une fille du peuple des Vents. Elle adore écouter les histoires de ses ancêtres.
Pour le première fois de sa vie, elle est totalement heureuse.
VIII
La sœur de Chikönowanï, qui est partie vivre à Paris, est morte. Overdose.
IX
Un jour, elle décide de se rendre au volcan sacré. Pour le photographier.
Elle a une fille, Jade, insouciante et pleine de vie. Un mari qui l’aime. Une amie qui l’adore et dont les sentiments sont réciproques.
Le bonheur.
Elle termine son ascension. La lave en fusion fait jaillir des étincelles qui passent devant ses yeux.
Elle s’avance. Ce sera sa plus belle photo.
Mais elle glisse. Se perd dans le feu du volcan sacré.





